« Ne crains pas » – le oui silencieux de Joseph

Ce dimanche, l’Église nous présente une figure souvent discrète, presque silencieuse dans les Évangiles, mais absolument essentielle : saint Joseph.

Joseph est fiancé à Marie. Dans la culture juive de l’époque, les fiançailles sont un engagement aussi important que le mariage lui-même. Et voilà que Marie se trouve enceinte. Joseph sait que cet enfant n’est pas de lui. Nous pouvons imaginer son tourment intérieur : la douleur, la confusion, peut-être même le sentiment de trahison. L’Évangile nous dit qu’il est un « homme juste » (Mt 1,19). Il ne veut pas faire un scandale public, il ne veut pas exposer Marie à la honte et peut-être même à la lapidation. Alors il décide de la répudier en secret.

Mais voilà que Dieu intervient. Un ange lui apparaît en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ». (Mt 1,20)

Joseph aurait pu refuser. Il aurait pu dire : « C’est trop difficile, je ne comprends pas, comment vais-je expliquer cela aux autres ? » Mais non. L’Évangile nous dit simplement : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1,24). Pas de longs discours, pas de négociations avec Dieu. Juste une obéissance immédiate et totale.

Le « oui » de Joseph est aussi important que le « oui » de Marie. C’est un « oui » qui accepte de ne pas tout comprendre, un « oui » qui fait confiance à la Parole de Dieu même quand elle bouleverse tous nos projets, un « oui » qui choisit d’accueillir le mystère plutôt que de s’y fermer.

Et quel est ce mystère ? C’est celui de l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». C’est le cœur même de notre foi chrétienne : Dieu n’est pas resté loin de nous, dans son ciel inaccessible. Il a voulu se faire l’un de nous, entrer dans notre histoire, partager notre condition humaine. Il a voulu naître d’une femme, grandir dans une famille, connaître la joie et la souffrance, l’amitié et la fatigue.

C’est cela que nous nous préparons à célébrer à Noël : non pas simplement l’anniversaire d’un événement du passé, mais la réalité toujours actuelle que Dieu est avec nous. Il est avec nous dans nos joies et dans nos peines, dans nos doutes et dans nos certitudes, dans nos réussites et dans nos échecs.

Mais la prière que nous avons adressée à Dieu au début de cette messe nous rappelle quelque chose d’essentiel : l’Incarnation n’est pas une fin en soi. Nous avons demandé au Seigneur : « Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ; conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection ».

L’enfant qui va naître dans la crèche naît pour nous sauver. Il naît pour parcourir avec nous tout le chemin de l’existence humaine, jusqu’à la mort elle-même, et pour nous ouvrir le chemin de la Résurrection. Noël annonce déjà Pâques. La crèche annonce déjà la croix et le tombeau vide.

C’est pour cela que notre célébration de Noël ne peut pas être superficielle ou simplement sentimentale. Nous ne célébrons pas un joli conte de fées, mais le début du grand mouvement d’amour de Dieu qui vient nous sauver.

Alors, en ces derniers jours avant Noël, que le Seigneur attend-il de nous ? La même chose qu’il a attendue de Joseph : notre « oui ».

Un « oui » à sa présence dans notre vie, même quand nous ne comprenons pas tout.

Un « oui » qui accepte de laisser Dieu bouleverser nos projets, nos certitudes, nos habitudes.

Un « oui » qui fait confiance, malgré les questions et les doutes.

Peut-être y a-t-il dans notre vie, en ce moment, quelque chose que nous ne comprenons pas, une épreuve, une situation difficile, un choix à faire. Comme Joseph, nous pouvons avoir peur. Mais écoutons la parole de l’ange : « Ne crains pas ». Dieu est avec vous. Il vous demande de lui faire confiance.

Frères et sœurs, nous avons demandé au début de cette messe que le Seigneur répande sa grâce en nos cœurs. Demandons-lui cette grâce de l’accueil, la grâce du « oui », la grâce de Joseph. Demandons-lui de nous aider à préparer nos cœurs pour accueillir vraiment, profondément, l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Et que ce Noël ne soit pas seulement une belle fête, mais une vraie rencontre avec Celui qui vient nous sauver, nous conduire par sa croix jusqu’à la gloire de la Résurrection. Amen.


Je laisse un commentaire: