Et si cette semaine nous partions encore faire un peu d’évangélisation de rue ? Cette fois-ci, nous pourrions poser la question : « Qu’est-ce que la liberté ? » La plupart des personnes interrogées répondraient certainement : « faire ce que je veux », « ne dépendre de personne », « ne pas avoir de contraintes » ou encore « choisir ma vie. »
La Parole de Dieu de ce dimanche nous aide à répondre à cette question ! Ben Sirac, dans la première lecture nous dit : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements. » (Si 15,15) Dieu ne force rien. Il nous donne un choix. Il place devant nous « l’eau et le feu » (Si 15,16), « la vie et la mort » (Si 15,17). L’auteur biblique nous signifie par-là que Dieu nous fait confiance. Il prend le risque de notre liberté !
En faisant cela, Dieu ne nous abandonne pas. Il ne dit pas « Débrouillez-vous ! » Il nous donne une liberté responsable qui doit répondre de ses choix. Nos choix ont des conséquences : ils nous construisent ou nous détruisent.
Aussi quand Jésus nous dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Mt 5,17), il vient éclairer cela.
Certains peuvent penser que la liberté est de se débarrasser de la Loi, des commandements, des interdits. « Je suis libre, donc je fais ce que je veux ! » Jésus nous montre que cette vision de la liberté est en réalité une prison. Nous allons prendre deux exemples à partir de l’enseignement de Jésus.
Commençons par la colère évoquée par Jésus. La loi dit : « Tu ne commettras pas de meurtre. » (Mt 5,21) A cela, je peux répondre : « Parfait, je n’ai jamais tué personne, je suis donc libre et en règle. » Or Jésus va plus loin en disant : « Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. » (Mt 5,22)
En effet celui qui cultive la colère, qui rumine sa rancune, qui nourrit son ressentiment n’est pas libre. Il est prisonnier de sa colère. Celle-ci envahit ses pensées, elle empoisonne son cœur, elle détruit ses relations. Cette colère ne tue peut-être pas physiquement, mais elle tue l’amour, elle tue la communion, elle tue la paix.
Jésus fait de même pour le désir. Il dit : « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » (Mt 5,28) Là aussi, nous pourrions-nous dire : « Je suis libre de regarder, de désirer, de fantasmer. C’est ma vie privée, mes pensées m’appartiennent. »
Jésus nous révèle que celui qui laisse son regard, ses pensées, ses désirs devenir convoitise n’est plus libre. Il devient esclave de ce qu’il regarde. Il ne voit plus les personnes comme des personnes, comme des fils et des filles de Dieu, mais comme des objets de son désir.
La vraie liberté, nous dit Jésus, ce n’est pas de faire ce que l’on veut mais de vouloir ce qui est bon. C’est pourquoi il radicalise la loi. Jésus ne nous donne pas plus de règles, il nous invite à aller à la racine de nos actes, là où naissent nos pensées, nos désirs, nos intentions.
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous aide à comprendre pourquoi cette voie semble si difficile. C’est une sagesse « établie par [Dieu] dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. » (1 Co 6,7) Il ne s’agit donc pas de la sagesse du monde qui calcule, qui cherche son intérêt, qui négocie avec la morale.
La sagesse de Dieu, c’est celle qui nous dit : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. » (Mt 5,24) Aux yeux du monde, c’est absurde. Aux yeux de Dieu, il ne peut y avoir de véritable liberté sans réconciliation. Je ne suis vraiment libre que lorsque je ne suis plus prisonnier de ma rancune, de ma colère, de mon orgueil… ou d’un des autres péchés capitaux.
Alors, se pose à nous cette question : comment vivons-nous cette liberté responsable ?
Dans mes relations : suis-je libre de pardonner, ou suis-je esclave de mes ressentiments ? Suis-je libre d’aimer, ou prisonnier de mes jugements sur les autres ?
Dans mes paroles : suis-je libre de bénir, d’encourager, de construire ? ou suis-je enchainé à la médisance, à la critique, à la plainte ?
Dans mes choix : est-ce que je choisis vraiment, ou est-ce que je suis le courant, la mode, la pression du groupe ?
Gravons en nos cœurs cette invitation à la liberté lancée par Ben Sirac : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements. » (Si 15,15) Oui, Dieu nous veut libres. Cette liberté est un chemin. Un chemin que le Christ a tracé devant nous : celui de l’amour radical, de la réconciliation, de la pureté du cœur.
Ce chemin, c’est celui que le carême, qui commence mercredi prochain, nous invite à prendre. Demandons, dès maintenant, la grâce de vivre en homme et femmes vraiment libres : libre d’aimer, libres de pardonner, libres de choisir la vie. Amen.


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