Dans quelques instants, nous allons recevoir sur notre front des cendres. Un geste simple, accompagné de quelques mots : « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière. » ou « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Ces paroles font échos à ceux du prophète Joël : « Revenez à moi de tout votre cœur. » (Joël 2,12). Ou encore à celles de saint Paul : « Nous le demandons au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (2 Co 5,20). Dans ces deux invitations, il y a un caractère d’urgence.
« Revenez » : ce mot suppose un éloignement, ou que nous avons pris une mauvaise direction. Il y a comme une injonction dans l’appel du prophète Joël. Paul, lui, ajoute : « Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. » (2 Co 6,2) Il y a urgence ! Ce n’est pas demain. Ce n’est pas quand nous serons prêts. C’est maintenant ! Aujourd’hui !
Et pourtant, si c’est urgent, la Parole de Dieu ne nous demande pas une performance, ni un défi à relever pour être reconnus. Cette conversion se joue dans le secret du cœur. Joël nous le dit : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements. » (Joël 2,13) De même, Jésus, dans l’Évangile, nous le répète trois fois : quand vous priez, quand vous jeûnez, quand vous donnez, faites-le « dans le secret » (Mt 6,4.6.18)
La conversion s’ancre dans cet espace intérieur qu’est le cœur, là où personne d’autre que Dieu n’a accès, là où se joue la vérité de notre vie. Comment vivre cette conversion ? Ce retour à Dieu ? Comment « remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie » ? (Léon XIV, message pour le Carême 2026)
Ce chemin de conversion, écrit le pape Léon XIV, « commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. » (Ibid.) Pour cela, il nous invite à faire de ce Carême un temps d’écoute véritable.
Il nous donne l’exemple de Dieu, qui est un Dieu qui écoute. Quand il se révèle à Moïse, au buisson ardent, il commence par dire : « J’ai vu la misère de mon peuple, et j’ai entendu ses cris. » (Exode 3,7) Avant d’agir, Dieu écoute. Avant de libérer, Dieu entend.
Alors pendant ce Carême, demandons-nous honnêtement : écoutons-nous vraiment la Parole de Dieu ? Les personnes qui nous entourent ? Le cri de ceux qui souffrent ? Ou avons-nous appris à nous en protéger ?
Le Carême est aussi un temps de jeûne. Jésus nous le rappelle : ce qui compte, c’est ce que le jeûne opère en profondeur, dans ce lieu secret du cœur où seul Dieu voit. Saint Augustin le dit magnifiquement : le jeûne « dilate l’âme, augmente sa capacité ». Nous ne nous appauvrissons pas en jeûnant : nous nous ouvrons à Dieu.
Cette année, Léon XIV nous lance un défi très concret : jeûner de nos paroles blessantes. Renoncer aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, aux médisances, aux commentaires venimeux, y compris sur les réseaux sociaux. Ce jeûne-là rejoint directement l’appel de Joël : « déchirez vos cœurs ». Le jeûne véritable commence à l’intérieur, dans ce que nous faisons de notre langue et de notre regard sur les autres.
Ces quarante jours qui s’ouvrent devant nous sont un cadeau. Un temps pour remettre Dieu au centre « afin que notre foi retrouve son élan et que notre cœur ne se disperse pas. » (Ibid.)
Alors, je vous propose trois engagements concrets pour ce Carême :
Premier engagement : un temps quotidien, même bref, pour écouter la Parole de Dieu. Dix minutes avec l’Évangile du jour, dans le silence.
Deuxième engagement : jeûner d’une parole blessante chaque jour. Quand elle monte aux lèvres, la retenir. La remplacer par le silence, ou mieux, par une parole de paix.
Troisième engagement : vivre les propositions de Carême faites par des jeunes de la paroisse, participer à une action caritative, rejoindre un groupe de partage, faire un pas vers quelqu’un que nous avons négligé.
Que ce Carême nous conduise, avec le Christ, vers Jérusalem. Vers la Croix qui sauve et vers la Résurrection qui libère. Que l’écoute nous rende attentifs à Dieu et aux plus démunis. Que le jeûne purifie notre désir et élargisse notre cœur.
Et que nos communautés deviennent, comme le demande le pape, des lieux où « le cri de ceux qui souffrent soit accueilli et où l’écoute engendre des chemins de libération. » Amen.


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