Homélie pour le dix-huitième dimanche ordinaire A
Isaïe 55,1-3 ; Psaume 144(145),8-9,15-16,17-18 ; Romains 8,35.37-39 ; Matthieu 14,13-21
Le miracle que nous raconte saint Matthieu a marqué les foules de Galilée mais aussi les toutes premières communautés chrétiennes. En effet, nous trouvons six récits de cet évènement dans les quatre évangiles ! Cela signifie que cette multiplication des pains est un enseignement de la plus haute importance aujourd’hui encore. En effet, il est une préfiguration de l’Eucharistie, ce sacrement où le Christ se donne à nous comme nourriture de la vie éternelle.
Quand Jésus prononce la bénédiction, rompt les pains et les distribue, il accomplit déjà le geste qu’il refera au soir de son dernier repas, lors de la Cène. Il préfigure le don de lui-même sous les espèces du pain et du vin. C’est ce même geste que nous revivons à chaque messe.
Alors, aujourd’hui, je vous propose de méditer sur cette vérité profonde de la foi chrétienne, telle que la définit le concile Vatican II : l’Eucharistie « source et sommet de toute la vie chrétienne ». (Lumen Gentium 11). L’Eucharistie nous unit au Christ, elle est nourriture pour notre pèlerinage sur cette terre, et nous appelle à devenir des signes de l’amour du Christ pour le monde.
Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous adresse une invitation : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! » (Isaïe 55,1) Cette soif est celle de notre cœur qui aspire à être aimé et à aimer, qui aspire à Dieu. C’est précisément ce que le Christ vient combler dans l’Eucharistie. À chaque Eucharistie, nous rendons présent le sacrifice de la Croix. Le pain et le vin, par l’action de l’Esprit Saint, deviennent le Corps et le Sang du Christ, non pas de façon symbolique mais bien réellement.
Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul écrit : « chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1 Corinthiens 11,26) L’Eucharistie n’est donc pas un simple souvenir, mais bien une actualisation, une anamnèse, du don total que Jésus a fait de Lui-même pour nous sauver.
Comment accueillons-nous ce don ? Est-ce que nous prenons conscience que, en recevant l’hostie, nous recevons le Christ lui-même, qui vient demeurer en nous ? Si nous avons du mal à y croire, ne craignons pas de demander à saint Paschase Radbert, moine de cette abbaye, qui a défini, ici même, cette présence réelle du Christ dans le pain et le vin consacrés, de nous aider à entrer dans ce mystère.
Dans l’Évangile de Jean, Jésus nous dit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » (Jean 6,35)
La foule qui cherche Jésus à une faim de pain matériel. Jésus, lui, veut combler une faim bien plus profonde : celle de l’amour, du sens, de la communion avec Dieu. L’Eucharistie est cette nourriture spirituelle qui nous soutient sur notre chemin vers le Père.
Si nous prenons l’exemple des disciples d’Emmaüs, les deux disciples étaient tristes et désespérés. Jésus les rejoint sur le chemin et avec eux, il va rompre le pain. À cet instant-là, les yeux des disciples s’ouvrent et ils reconnaissent Jésus. L’Eucharistie a ce pouvoir d’ouvrir nos yeux sur la présence du Christ parmi nous, de réchauffer nos cœurs et de nous donner la force d’avancer.
Si nous avons parfois l’impression de manquer de force pour aimer, pour pardonner, pour espérer, c’est à l’Eucharistie que nous devons nous abreuver. Elle est notre viatique, notre provision pour le voyage de la vie.
Continuons à méditer le texte de ce jour. Après avoir multiplié les pains, Jésus demande à ses disciples de les distribuer à la foule. Si bien qu’« ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. » (Matthieu 14,20)
L’Eucharistie n’est pas un acte solitaire. Je ne viens pas à ma messe pour avoir ma communion. L’Eucharistie nous unit au Christ et les uns aux autres. Elle fait de nous un seul corps dans le Christ.
Cette unité a une conséquence : elle nous appelle à partager avec ceux qui ont faim matériellement ou spirituellement.
L’Eucharistie est un don gratuit de Dieu. Et comme tout don, il nous pousse à donner à notre tour. Que ce soit par un sourire, un geste de solidarité, un engagement dans la paroisse, l’Eucharistie nous envoie en mission.
Ainsi l’Eucharistie est bien plus qu’un rituel. Elle est vraiment « la source et le sommet de toute la vie chrétienne. » Elle nous unit au Christ, elle est nourriture pour notre chemin de foi, elle nous appelle à vivre en enfant de Dieu. Saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars que nous fêterons ce mardi 4 août, disait : « Sans l’Eucharistie, nous ne serions rien. C’est elle qui nous soutient, qui nous console, qui nous donne la force de bien vivre et de bien mourir. »
Alors que nous ayons toujours à cœur de redécouvrir l’Eucharistie comme le trésor le plus précieux de notre foi. Demandons au Seigneur la grâce de venir à la messe le cœur ouvert pour le recevoir avec foi et nous laisser transformer par sa présence. Amen.


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