Un cœur qui écoute

Homélie pour le dix-septième dimanche ordinaire A

1 Rois 3,5.7-12 ; Psaume 118 (119) ; Romains 8,28-30 ; Matthieu 13,44-52

Imaginez la scène : Salomon vient de monter sur le trône. Il est jeune, un peu beau gosse. Il hérite d’un royaume encore fragile. Dieu lui apparaît en songe et lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » (1 Rois 3,5) Dieu lui propose littéralement un chèque en blanc. Tout est donc possible.

Arrêtons-nous sur cette demande vertigineuse : si cette offre nous était faite à nous, aujourd’hui, que demanderions-nous ? La santé pour ceux qu’on aime. La réussite pour nos enfants. La sécurité, la tranquillité. Rien de mal à tout cela, ce sont des demandes justes, humaines, des demandes qui sont notre prière quotidienne.

Salomon, lui, ne demande rien de tout cela. Il ne demande ni la richesse, ni la victoire sur ses ennemis, ni une longue vie. Il ne demande qu’une seule chose : un cœur qui écoute.

Mais qu’est-ce qu’un cœur qui écoute ? Dans le langage courant, le cœur est le sentiment, l’émotion, ce qui s’attendrit ou se serre. Dans la Bible, le cœur recouvre quelque chose de bien plus large : c’est « le noyau de tout être humain, son centre le plus intime. […] Tout s’unifie dans le cœur qui peut être le siège de l’amour avec la totalité de ses composantes spirituelles, émotionnelles et même physiques. » (Pape François, Dilexit Nos, 20) Le cœur est donc le lieu où se forme la pensée, la décision, la mémoire, les choix. Quand la Bible parle du cœur, elle ne parle pas d’un organe sensible à part, elle parle du centre le plus intime de nous-même.

Alors quand Salomon demande un cœur qui écoute, il ne demande pas d’être plus tendre ou plus émotif. Il demande que tout son être, c’est-à-dire son intelligence, sa volonté, son jugement, soit disponible, juste, capable d’entendre avant de trancher. Il demande la capacité d’un juste discernement au service du bien commun.

Cela change tout pour gouverner un royaume, ou aujourd’hui un pays… tout comme pour orienter sa vie, ses propres décisions. Celui qui sait déjà tout, qui a réponse à tout, n’a plus besoin d’écouter : il gouverne mal, aime mal, accompagne mal. Celui qui reste capable de se taire, d’entendre l’autre, d’écouter les évènements, peut ensuite parler et agir avec justesse. La Sagesse, dans la Bible, ne commence pas par le savoir, mais par l’écoute.

En fait, cela, nous le savons bien, nous qui apprenons à vivre au rythme de la nature, au milieu des champs et des saisons. Celui qui travaille la terre ne décide pas tout seul de ce qu’elle donnera. Il observe, il attend, il écoute le temps qu’il fait, le sol, la saison. Une terre ne se commande pas, elle s’écoute. Il en va de même, je crois, pour nos vies, pour nos familles, pour nos communautés : ce n’est pas d’abord en décidant qu’on avance avec justesse, c’est en écoutant d’abord Dieu, les autres, les évènements.

Et voici ce qui est beau dans ce récit : devant cet acte d’humilité de Salomon, Dieu ne se contente pas de l’exaucer. Il lui donne ce qu’il demande, mais il y ajoute la richesse et les honneurs ! Dieu lui donne infiniment plus que ce que Salomon aurait pu espérer en le demandant.

C’est exactement ce que nous dit l’Évangile, avec les paraboles du trésor trouvé dans le champ, de la perle fine, ou du filet de pêche. La réalité de ce qui est trouvé dépasse tout ce que nous pouvons avoir et nécessite de notre part le désir de l’acquérir en renonçant à tout le reste. Il en est ainsi du cœur qui écoute : c’est une découverte qui nous procure une joie infinie, et une fois que nous y avons goûté, on ne veut plus revenir en arrière. La joie est plus grande que le sacrifice.

Alors, voici une question simple pour notre semaine : dans ma journée, est-ce que j’ai pris un moment pour écouter vraiment ? Écouter Dieu dans la prière silencieuse, avant de lui demander quoi que ce soit. Écouter celui ou celle qui me parle, sans déjà préparer ma réponse. Écouter ce qui se passe en moi, sans tout de suite vouloir le juger ou le faire taire.

Puissions-nous suivre ce conseil de saint Augustin : « Ne mets pas ton cœur dans tes oreilles, mais tes oreilles dans ton cœur. » Oui, avec confiance, demandons au Seigneur qu’il nous donne un cœur qui écoute et renouvelons cette prière chaque matin. Amen.


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