Ces jours-ci, nous sommes peut-être allés au cimetière. Nous avons nettoyé la pierre, enlevé les feuilles mortes, replacé un pot de chrysanthèmes. On a relu un nom, des dates. Nous sommes peut-être restés un moment sans rien dire devant cette tombe, sans trop savoir quoi faire.
Qu’est-ce que nous venons chercher là ? Nous ne venons pas voir une tombe. Nous venons parce que quelqu’un nous manque.
Nous voyons une chaise vide à la table de famille. Nous voyons un manteau resté au portemanteau, une écriture sur un carnet, une maison où le silence a pris la place d’une voix. Peut-être aussi que notre vie est marquée par des gestes qui reviennent tout seuls : mettre un couvert de trop, attendre un message qui n’arrive plus. Il y a aussi des choses qui n’ont pas été dites, des réconciliations qui n’ont pas eu lieu, un dernier mot qu’on aurait voulu trouver.
Notre peine est vraie. La liturgie de ce jour ne vient pas la nier. La première lecture nous dit : « Ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin. » (Sagesse 3,2-3)
Mais il ajoute : « Ils sont dans la paix. » (Sagesse 3,3) Cela nous ne le voyons pas. Pour l’affirmer nous nous appuyons sur une parole de Jésus nous dit : « Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. » (Jean 6,39)
Pas un n’est perdu pour le Christ. Nous, nous ne les voyons plus, mais lui les voit, les connaît par leur nom et il ne les a pas perdus. Quand nous ne savons plus où sont nos morts, lui sait où ils sont. Il les tient.
Il ne les tient pas comme on garde un objet dans un tiroir. La Sagesse nous dit : « Comme l’or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les accueille. » (Sagesse 3,6) Ceux qui travaillent le métal savent ce que fait le feu sur celui-ci : il ne détruit pas l’or. Il enlève ce qui n’était pas de l’or, il purifie. Nos défunts ont eu leurs fatigues, leurs fautes, leurs lâchetés, comme nous. Il ne s’agit pas de les faire plus beaux qu’ils n’ont été. Il s’agit de croire que Dieu, lui, sait tout reconnaître de ce qui, en eux, était de l’amour. Et que cela, rien ne le détruit.
C’est cela notre prière pour eux : demander que ce qui est de l’amour soit gardé, et que le reste soit purifié. Nous les confions au Seigneur, comme on confie un enfant à quelqu’un en qui on a toute confiance.
Et nous, qui sommes encore sur terre, entre ce que nous vivons et ce que nous espérons, que faisons-nous ? Nous faisons ce que nous faisons ce soir : nous les nommons, nous prions pour eux, et nous nous tenons dans l’espérance que Paul nous annonce.
Saint Paul, dans sa lettre aux Corinthiens écrit : « La mort a été engloutie dans la victoire. Ô mort, où est ta victoire ? » (1 Corinthiens 15,54-55) Paul écrit ces mots provoquants, non pas parce la mort lui serait étrangère, mais parce que le Christ est ressuscité. Et cela change tout : l’histoire ne s’arrête pas à la mort.
Ce soir, si nous sommes rassemblés pour nommer et prier pour nos défunts, c’est bien parce que nous croyons et nous espérons que Dieu leur donne la victoire sur la mort en les faisant participer à la Résurrection de son Fils. C’est pour cela, que dès maintenant, avec saint Paul, nous « rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Corinthiens 15,57) Amen.


Je laisse un commentaire: