Au cœur du Triduum Pascal, la liturgie se fait austère, les chants se taisent, et l’autel est nu. C’est la nuit. Au cœur de cette nuit, trois mots retentissent : « Tout est accompli » (Jean 19,30)

Ce cri de Jésus sur la Croix n’est pas le cri d’un homme vaincu qui rend les armes. Ce cri est une déclaration, une proclamation. Trois mots qui résonnent comme les dernières notes d’une symphonie que Dieu compose depuis la création du monde.

Et il y a deux façons de terminer quelque chose : l’interrompre ou le conduire à son terme. Le mot grec tetelestai, traduit par « Tout est accompli » signifie : « mener à sa perfection ». C’est le mot de l’artisan qui contemple son œuvre quand celle-ci est terminée. C’est le mot d’un fils qui revient vers son père en disant : « Ce que tu m’as demandé est fait. »

Aux noces de Cana, Jésus nous a dit : « Mon heure n’est pas encore venue. » (Jean 2,4) Depuis, tout l’évangile de Jean nous prépare à cette heure. Et cette heure, c’est maintenant. La Croix est l’accomplissement de la mission.

Mais qu’est-ce qui s’achève sur cette Croix ?

Les Écritures. Jean le souligne dans l’évangile que nous venons d’entendre : quand les soldats se partagent les vêtements, quand on approche de Jésus une branche d’hysope trempée dans le vinaigre, quand on ne lui brise pas les os, Jean nous précise à chaque fois « pour que l’Écriture s’accomplisse. »  (Jean 19,24.28.36) Pendant des siècles, Israël a porté une promesse. Ce soir, sur le Golgotha, toutes ces promesses convergent en un seul point. Tout ce que Dieu a dit, il l’a tenu.

Ce qui s’accomplit également c’est l’amour. Jean nous a donné, au seuil de la Passion, cette phrase bouleversante : « Il les aima jusqu’au bout. » (Jean 13,1). Il les aima jusqu’à l’achèvement, la perfection de l’amour. Ce qui s’accomplit sur la Croix, c’est un amour qui ne calcule pas, qui ne s’arrête pas, qui donne tout.

La Croix n’est donc pas un lieu de honte. Elle est le trône d’un roi, Pilate lui-même l’a déclaré en faisant apposer l’écriteau : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs » (Jean 19,19). Jésus lui-même le signifie quand « inclinant la tête, il remit l’esprit. » (Jean 19,30). Ce geste n’est pas l’affaissement d’un corps épuisé mais celui d’un roi qui s’incline vers son peuple pour lui offrir son dernier souffle, le souffle même de Dieu.

Et nous ? Du côté de Dieu, il n’y a plus rien à ajouter. Son amour est totalement donné. Son pardon n’attend pas que nous soyons devenus meilleurs. Et pourtant, nous vivons si souvent comme si quelque chose manquait. Comme si nous devions encore mériter d’être aimés. Ce soir, la Croix nous dit le contraire : tu es aimé d’un amour qui est allé jusqu’au bout.

Ce qu’il nous reste à faire, c’est recevoir ! Quand nous nous approcherons de la croix pour la vénérer, nous pouvons y déposer tout ce qui, en nous, semble inachevé : nos deuils, nos fautes, nos vies sans boussole… et laisser entrer dans tout cela la parole la plus libératrice qui soit : « Tout est accompli. » (Jean 19,30) Amen.


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