Ce matin, trois verbes traversent les textes que nous venons d’entendre. Trois verbes simples, ordinaires et pourtant, en ce jour de Pâques, ils portent tout le poids de notre foi : voir, témoigner, chercher.
Voir
Le premier mouvement de Pâques, c’est celui de Jean et de Pierre qui courent vers le tombeau. Marie-Madeleine leur a rapporté cette nouvelle inouïe : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » (Jean 20,2)
Pierre entre le premier dans le tombeau. Il voit « les linges posés à plat ainsi que le suaire (…) roulé à part à sa place. » (Jean 20,7) Jean entre à son tour, et lui « il vit, et il crut. » (Jean 20,8)
Qu’est-ce qui fait la différence entre Pierre et Jean ? Sans doute le fait de s’arrêter, de vraiment regarder. Non pas jeter un coup d’œil et repartir, mais rester devant ce vide, se laisser habiter par lui, lui laisser le temps de parler.
Car ce tombeau vide parle. Les linges soigneusement posés, le suaire roulé à part ne correspondent pas au désordre d’un enlèvement. C’est l’ordre d’un départ libre. La mort n’a pas pu retenir Jésus.
Nous aussi nous arrivons parfois avec des tombeaux vides dans le cœur : des espérances enterrées, des deuils qui n’en finissent pas, une foi fatiguée… Pâques nous invite à regarder ce vide en face, et à y découvrir non pas une absence, mais une promesse tenue.
Témoigner
Pierre, dans la première lecture, ne fait pas de la théologie abstraite. Il raconte et il dit cette chose extraordinaire : « nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. » (Actes 20,41)
Voilà le témoignage chrétien : la foi n’est pas une idée mais une relation qui continue. La séquence pascale fait la même chose : elle interroge un témoin. « Dis-nous, Marie-Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » La foi de Pâques ne se transmet pas comme une information. Elle se transmet comme une rencontre racontée par quelqu’un qui l’a vécue.
Chacun de nous est là ce matin parce que quelqu’un nous a dit : « Il est ressuscité. Il a changé ma vie. » Ce témoin est peut-être un parent, un grand-parent qui priait, un ami dont la paix dans l’épreuve nous a intrigué, une parole entendue… Cette chaine de témoins remonte jusqu’à Marie-Madeleine, jusqu’à ce tombeau vide.
Elle continue avec nous. Nous sommes, à notre mesure, porteurs de ce message, non pas parce que nous n’avons jamais douté, mais parce que nous avons, nous aussi, fait l’expérience que le Christ est vivant.
Chercher
Dans la seconde lecture, Paul écrit aux Colossiens : « Recherchez les réalités d’en haut, c’est là qu’est le Christ. » (Colossiens 3,1) On pourrait entendre cela comme une invitation à fuir le monde mais ce serait un contresens. Car Paul a précisé : « Vous êtes ressuscité avec le Christ. » (Ibid.) C’est un fait.
Chercher les choses d’en haut n’est donc pas se désintéresser de la terre. C’est la regarder avec les yeux du Ressuscité. C’est se lever chaque matin en se souvenant que la mort n’a pas le dernier mot, et laisser cette certitude changer notre façon d’aimer, de pardonner, d’espérer.
La vraie question qui se pose à nous est très concrète : est-ce que la résurrection du Christ change quelque chose à ma vie ?
Pour conclure, Pâques n’est pas une belle histoire du passé que nous commémorons une fois l’an. C’est une réalité vivante qui nous saisit, nous envoie et nous transforme.
Comme Jean, nous sommes appelés à voir, à entrer dans le mystère du tombeau vide et y lire la victoire de la vie. Comme Pierre, nous sommes invités à témoigner, à dire autour de nous, avec nos mots et avec nos vies, que le Christ est vivant. Et comme Paul nous y exhorte, à chercher, à réorienter chaque jour notre existence vers ce qui vient de Dieu et ne passe pas.
Dans quelques instants, à cette table, nous allons faire comme les disciples : manger et boire avec le Ressuscité. Laissons-le nous rejoindre. Laissons-le nous relever.
Christ est ressuscité. Alléluia.


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