Dans notre imaginaire, nous voyons le guetteur en haut du beffroi ou de la tour de garde. Sa mission est de veiller afin de prévenir la population en cas de danger : arrivée d’un ennemi, début d’un incendie… Lorsque le danger est imminent, il avertit les habitants afin qu’ils prennent les mesures nécessaires pour se protéger et lutter contre l’ennemi ou contre l’incendie. Le guetteur surveille et alerte. Il est celui qui voit, qui entend et qui annonce.

Dans la première lecture, Ézéchiel reçoit une mission qui ressemble à celle du guetteur. Le Seigneur lui dit : « Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. » (Ézéchiel 33,7)

Le prophète est un guetteur pour le peuple de Dieu, envoyé par le Seigneur lui-même. Sa mission est d’écouter, de scruter la parole de Dieu et d’annoncer le salut que cette Parole nous invite à accueillir. Le prophète par excellence est Jésus-Christ lui-même : il est la Parole de Dieu, le Verbe incarné, qui nous offre le Salut.

Par notre baptême, nous sommes configurés au Christ. Au moment de l’onction avec le Saint Chrême, il nous est dit : « Tu es maintenant baptisé… Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. » Ainsi, nous sommes prophètes et, par conséquent, guetteurs pour le peuple au milieu duquel nous vivons. Notre mission principale est donc d’écouter la Parole de Dieu, de la méditer et de la partager, afin d’annoncer au monde le Salut : le Christ, mort et ressuscité pour nous libérer du péché.

Comme nous l’avons entendu dans la première lecture et dans l’Évangile, cette Parole de Dieu n’est pas forcément une parole doucereuse ou mièvre, qui chercherait seulement à flatter nos interlocuteurs. Au contraire, c’est une parole forte, qui engage et qui invite à une transformation radicale, à la conversion. Cette Parole dénonce aussi le péché, avertit des chemins de mort que les hommes peuvent emprunter.

Si nous voyons notre frère – c’est-à-dire un proche, un membre de la communauté – emprunter un chemin de mort, un chemin de péché, Jésus nous demande d’agir et il nous explique comment faire.

En premier lieu, la réprimande doit être faite par amour et pour le bien du frère. Elle ne peut jamais avoir pour but de le blesser, de l’humilier ou de prendre une revanche. Elle ne doit pas non plus se transformer en médisance, en ingérence dans la vie de l’autre ou en besoin de dénoncer toutes les fautes. Il ne faut pas confondre correction et condamnation. La correction fraternelle ne commence donc pas par la colère, mais par la prière, l’examen de conscience et la recherche de la vérité.

Saint Paul, dans la lettre aux Romains, nous donne la clé d’interprétation lorsqu’il écrit : « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel. » (Romains 13,8) La loi trouve son accomplissement dans l’amour, non pas comme une gentillesse vague, mais dans une volonté concrète de rechercher le bien de l’autre. L’amour chrétien unit toujours la vérité et la miséricorde. La vérité sans la miséricorde devient dureté ; la miséricorde sans vérité devient indifférence.

Jésus propose ensuite une démarche en plusieurs étapes. Il faut parler seul à seul, afin de préserver la dignité de l’autre et éviter son humiliation. Si cette première étape ne suffit pas, il faut prendre avec soi une ou deux personnes, afin de rechercher un discernement plus juste et d’éviter que la situation ne se réduise à un affrontement personnel. Si cette deuxième étape n’est toujours pas suffisante, il faut s’adresser à l’Église. Enfin, si le refus persiste, il faut reconnaître douloureusement qu’une rupture de communion s’est installée.

Cette progression montre que l’Église n’est pas une communauté où chacun accuse immédiatement son voisin. Elle est une communauté qui cherche d’abord la conversion et la réconciliation. Jésus nous enseigne aussi que la correction fraternelle est un processus de guérison, comparable au travail du médecin qui adapte le traitement à la maladie qu’il soigne.

Le but, nous dit Jésus, n’est pas d’avoir raison, mais de gagner son frère. Cela signifie que je ne peux jamais réduire l’autre à sa faute. Même lorsqu’il agit mal, il demeure une personne appelée au salut. L’Église est appelée à être une communauté où l’on peut être repris sans être rejeté, et où l’on peut reconnaître sa faute sans perdre toute espérance.

Dieu nous demande d’être des sentinelles, mais jamais des procureurs. Une sentinelle veille parce qu’elle aime. Elle avertit pour sauver. Elle ne cherche pas la chute de celui qu’elle reprend.

Que le Christ nous apprenne à ne pas être indifférents au mal, à ne pas humilier ceux qui se trompent et à devenir, au cœur de nos familles et de notre communauté, des artisans de réconciliation et de communion. Amen.


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