Et les vacances, alors ?

« Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail » (Luc 12,43) N’est-il pas choquant d’entendre un tel évangile durant la période estivale ? Et les vacances alors ? Non, le Seigneur n’est pas contre les congés payés ou les vacances scolaires ! Alors ne râlons pas plus longtemps contre ces paroles de Notre Seigneur, mais profitons de ce temps de vacances pour accueillir à frais nouveaux la Parole de Dieu !

Après nous avoir mis en garde, la semaine passée, contre l’égoïsme et la recherche de la satisfaction personnelle, Jésus nous invite à nous tourner vers le bien que le Père nous réserve, vers l’accomplissement de la promesse divine. C’est le seul et unique bien que nous devons chercher à acquérir !

La première attitude à avoir est la confiance. « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc 12,32). Le Royaume de Dieu nous est acquis, même si les apparences sont contraires. Voilà un acte de foi qu’il nous faut poser : nous sommes assurés de la réalisation de la promesse de Dieu. C’est cette promesse qui a mis en route notre père Abraham. Sans le voir, il a eu foi dans cette promesse ! Il a obéit à l’appel de Dieu.

La confiance est marquée par la foi. « Grâce à la foi » tel est le refrain de la seconde lecture de ce dimanche mais aussi de tout le chapitre 11 de la lettre aux Hébreux dont nous n’avons entendu qu’une partie ce jour. « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. » (He 11,8)

La foi est la libre réponse de l’homme à Dieu, c’est accepter de faire confiance sans tout comprendre, sans tout savoir ; accepter, comme Abraham, que Dieu décide pour nous la route à prendre. La foi exige un acte d’obéissance. Non pas d’un acte de soumission servile mais d’une écoute, d’une attention amoureuse. Obéir venant du latin « audire », entendre, écouter, être attentif. Ce que l’on a entendu devient notre ligne de conduite.

Une première question se pose alors à nous : à travers tous les évènements du quotidien, à travers les évènements de notre monde, comment ai-je entretenu ma foi, ma confiance, mon obéissance à la Parole de Dieu pour laisser celle-ci s’accomplir en ma vie ? Ai-je permis une vacance de mes préoccupations personnelles pour laisser place à la présence de Dieu dans ma vie ?

La deuxième attitude est l’espérance. Jésus, dans les paraboles de ce jour, nous invite à l’espérance. « Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maitre à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux le serviteur que le maitre, à son arrivée, trouvera en train de veiller. » (Luc 12,35-37) Encore faut-il se poser la question : qu’est-ce que j’attends de la vie ? Baptisé, plongé dans la mort et la résurrection du Christ, nous avons déjà la vie éternelle et pourtant c’est vers elle que nous tendons. Mon attente, mon espérance est-elle bien cette rencontre face à face avec le Père ? Est-ce bien la réalisation effective de la promesse de Dieu ? Pour cela, il ne nous faut pas nous assoir au bord du chemin… il faut, en attendant l’arrivée du maître se mettre au travail ! Travailler le champ de notre vie pour que l’Évangile puisse y germer, mais aussi travailler au cœur de notre monde pour la venue du Royaume. Le Royaume n’étant pas un lieu futur imaginaire, il est déjà là, même si il doit encore advenir. Il est là quand je mets en œuvre la Parole de Dieu. Le serviteur est celui qui met en œuvre la Parole de Dieu. Voilà notre travail… et pour cela, il n’y a pas de vacances ! Car, même en vacances, je vis une re-création, pour mieux répondre à l’appel du Seigneur.

Dimanche dernier et ce dimanche-ci, les textes de l’Évangile nous invitent donc à vivre pleinement des vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. Grâce donnée par Dieu à notre baptême pour nous rendre capable d’agir comme ses enfants et de participer pleinement à sa vie. Oui, le Seigneur nous a beaucoup confié… il nous demandera beaucoup. Ne restons pas endormis ! Prenons part avec joie à la mission que le Seigneur nous a confiée. Il est encore temps ! Entendons avec confiance, saint Cyprien nous exhorter :

« Réveillons-nous donc, frères très chers, autant que nous en sommes capables. Secouons le sommeil de notre inertie. Veillons à observer et à pratiquer les préceptes du Seigneur. Soyons tels qu’il nous a prescrit d’être, quand il a dit : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ».

Oui, restons en tenue de service, de peur que, quand viendra le jour du départ, il ne nous trouve embarrassés et empêtrés. Que notre lumière brille et rayonne de bonnes œuvres, qu’elle nous achemine de la nuit de ce monde à la lumière et à la charité éternelles. Attendons avec soin et prudence l’arrivée soudaine du Seigneur, afin que, lorsqu’il frappera à la porte, notre foi soit en éveil pour recevoir du Seigneur la récompense de sa vigilance. Si nous observons ces commandements, si nous retenons ces avertissements et ces préceptes, les ruses trompeuses de l’Accusateur ne pourront pas nous accabler pendant notre sommeil. Mais reconnus serviteurs vigilants, nous régnerons avec le Christ triomphant. » (Saint Cyprien, in « De l’unité », 26-27). Amen.