L’unité: la prière du Christ et la mission de l’Église

Nous venons d’entendre les dernières paroles de Jésus avant sa Passion. Ce n’est pas un discours, ni un enseignement, mais une prière. Une prière adressée au Père, pleine d’amour, pleine de confiance, pleine aussi d’une sorte d’urgence. Jésus prie pour nous.

Il prie pour ceux qui, à travers les siècles, croiront en lui grâce à la parole des apôtres. Il nous voit. Il pense à nous. Il nous porte dans son cœur au moment d’entrer dans sa Passion. Et que demande-t-il ? Il prie pour l’unité : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » (Jean 17,21)

C’est le grand désir du Christ : que ses disciples soient unis. Une unité profonde, réelle, vivante. Non pas une unité de façade, mais une communion. Une unité qui reflète la relation même du Père et du Fils. Rien de moins.

1. Une prière tournée vers nous

Ce qui est bouleversant dans cette page d’Évangile, c’est que Jésus prie non pas d’abord pour lui, mais pour nous. Il sait que les apôtres vont être dispersés. Il sait que l’Église naissante sera fragile, parfois divisée. Il connaît d’avance nos tensions, nos blessures, nos querelles d’héritiers. Et pourtant, il ne se décourage pas. Il prie. Il confie à son Père notre unité.

Et cette prière, frères et sœurs, n’est pas seulement une belle idée. Elle est vivante. Elle nous porte. Elle continue aujourd’hui. Nous vivons dans la prière du Christ. À chaque messe, à chaque instant, le Fils intercède pour nous auprès du Père.

2. Une unité missionnaire

Jésus dit une chose essentielle : « Qu’ils soient un… pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jean 17,21)

Ce n’est pas un détail. Ce n’est pas secondaire. Le monde ne pourra croire à l’amour du Père, à la mission de Jésus, que si ses disciples sont unis. Cela nous met une responsabilité immense sur les épaules.

Nous nous demandons souvent comment évangéliser, comment témoigner de la foi dans une société de plus en plus indifférente ou fragmentée. Et voici la réponse de Jésus : soyez un.

Notre unité est la première annonce. Notre manière de nous aimer, de nous accueillir, de vivre ensemble dans la paix, malgré les différences, les blessures, les histoires, est déjà un signe.

Et ce signe est urgent. L’Église a tant besoin de retrouver cette simplicité, cette clarté de la charité fraternelle. Dans nos paroisses, dans nos communautés, dans nos familles, l’unité n’est jamais acquise. C’est un combat, une grâce à demander, un chemin à parcourir ensemble, jour après jour.

3. Une unité enracinée dans Dieu

Mais attention, frères et sœurs : cette unité ne vient pas seulement de nos efforts humains. Ce n’est pas un consensus, ni une paix sociale. Elle vient de Dieu. Elle est le fruit de l’amour trinitaire.

Jésus ne dit pas simplement : « qu’ils soient un ». Il dit : « Qu’ils soient un comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » (Jean 17,21)

Autrement dit, il nous invite à entrer dans la communion du Père et du Fils, dans le mystère même de Dieu. Et il ajoute : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée. » (Jean 17,22) Cela veut dire que l’Esprit Saint, cette « gloire » partagée entre le Père et le Fils, est donné à l’Église pour construire cette unité.

C’est pourquoi cette prière de Jésus nous oriente vers la Pentecôte. Dans quelques jours, nous célébrerons le don de l’Esprit, Esprit d’unité, Esprit de paix, Esprit d’amour.

Frères et sœurs, que retenir aujourd’hui ?

  • Jésus prie pour nous, et sa prière ne passe pas.
  • Il nous confie une mission : vivre l’unité, non comme un idéal, mais comme un témoignage crédible.
  • Et il nous donne la force de cette unité, en nous partageant l’amour même qui l’unit au Père : l’Esprit Saint.

Alors demandons cette grâce : que l’unité entre nous soit réelle, visible, joyeuse, ouverte. Non pas une unité parfaite — cela n’existe pas — mais une unité fondée sur le pardon, sur l’humilité, sur la charité.

C’est à cette condition que le monde pourra entrevoir quelque chose du cœur de Dieu. Amen.