Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie

Imaginez un voyageur qui arrive, tard le soir, dans un lieu inconnu. Pas de panneaux indicatifs, pas de réseau sur son téléphone, pas de cartes… et il doit absolument rejoindre quelqu’un qui l’attend. Par chance, il croise une personne qui accepte de le conduire simplement à destination. C’est un peu ce que Jésus veut nous dire aujourd’hui, quand il dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » (Jean 14,6)

Cependant, il faut entendre dans quel contexte il dit cela. Ce n’est pas un beau discours prononcé par beau temps. C’est la veille de sa mort. Dans la salle du Cénacle, l’atmosphère est lourde. Les disciples sentent que quelque chose se brise, que leur monde est sur le point de s’effondrer. Jésus annonce qu’il va partir. Alors Thomas, notre jumeau, pose la question qui brûle toutes les lèvres : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jean 14,5)

C’est une question sincère. Une question d’homme perdu. La réponse, pleine de douceur, que lui fait Jésus, devrait nous bouleverser : « Je suis le Chemin. » (Jean 14,6) Il ne dit pas : « Voici le chemin », ni « Suis ces instructions » mais : « C’est moi. Reste avec moi. »

Toute la nouveauté du christianisme est là. Il ne s’agit d’appliquer les consignes d’un manuel d’instruction. Jésus ne nous donne pas un itinéraire à suivre seul. Il se donne lui-même comme compagnon de route. Il marche avec nous. Il est le chemin sous nos pieds.

C’est pourquoi, quand Philippe dit à son tour : « montre-nous le Père ; cela nous suffit. » (Jean 14,8), Jésus répond avec une insistance presque étonnante : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jean 14,9) Autrement dit : Dieu n’est pas une réalité abstraite, une puissance lointaine que l’on cherche dans les nuages. Il a pris un visage. Il s’est rendu visible, touchable, approchable. En regardant Jésus, sa manière de prendre soin des malades, de manger avec les exclus, c’est le visage même de Dieu que nous voyons.

C’est ce Dieu-là qui dit à ses disciples terrifiés : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé. » (Jean14,1) Jésus ne minimise pas la violence de ce qui vient. Il sait ce qui l’attend. Il sait ce que les disciples vont traverser : la peur, la fuite, le reniement, le deuil. Et malgré tout, ou plutôt à travers tout cela, il leur offre quelque chose de plus solide que la sécurité : la confiance.

La foi pascale n’efface pas les épreuves, les deuils, les questions sans réponse. Elle donne un ancrage intérieur, une certitude qui ne repose pas sur nos forces, mais sur une présence qui ne passe pas. C’est cette paix-là, étrange et profonde, que le monde ne peut pas donner, que Jésus nous promet.

La deuxième lecture vient prolonger cela d’une façon magnifique. Pierre nous dit que chacun de nous est appelé à être une pierre vivante, posée sur le Christ qui est la pierre angulaire. Nous ne sommes pas des spectateurs de l’Église. Nous en sommes la matière. Et les pierres s’appuient les unes sur les autres : c’est ensemble, en communauté, que nous tenons debout. La première lecture nous le montre concrètement : quand les tensions surgissent dans la toute première communauté chrétienne, les apôtres ne fuient pas le problème. Ils s’organisent, ils instituent les diacres, ils veillent à ce que personne ne soit oublié, notamment les veuves, les plus fragiles. L’Église naissante apprend déjà que le Chemin passe par le service des autres.

Et Jésus termine par cette promesse qui devrait nous remplir d’espérance : « celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes. » (Jean 14,12)

Ce n’est pas une flatterie. C’est une mission. Le Ressuscité n’a plus de mains visibles sur cette terre, sinon les nôtres. Chaque fois que quelqu’un visite un malade, console un ami dans la peine, défend celui qu’on écrase, tend la main à celui qui a faim, quelque chose de l’œuvre du Christ continue.

Pour conclure, revenons à notre voyageur égaré du début de l’homélie.

Nous vivons dans un monde qui propose mille chemins, mille boussoles, mille certitudes qui changent chaque saison. Un monde où l’on peut se sentir perdu même en ayant toutes les cartes en main. Dans ce monde-là, l’Évangile n’est pas une réponse de plus parmi d’autres. C’est quelqu’un qui s’approche et qui dit : « Viens, et suis-moi. » (Matthieu 19,21) Ce quelqu’un, c’est Jésus Christ, vivant, ressuscité, présent. Il n’est pas une carte. Il est « le Chemin, la Vérité et la Vie. » (Jean 14,6) Il est le compagnon de route. Laissons-le nous emmener ! Amen.


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