Avant de commencer, laissez-moi simplement vous demander de regarder autour de vous.
Ces pierres, ces voûtes, ces deux tours que l’on voit de loin, ce lieu où nous nous trouvons n’est pas une église ordinaire. Pendant plus de douze siècles, des hommes s’y sont relayés nuit et jour, pour chanter les psaumes, pour écouter, pour prier. Ces pierres ont absorbé des siècles de prière. Elles sont elles-mêmes une homélie.
En ce dimanche du Bon Pasteur, la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations et la mémoire des saints abbés et moines du diocèse coïncident. C’est une invitation à laisser ces hommes nous parler, ici, aujourd’hui.
Dans l’Évangile, Jésus se présente comme la porte : « Je suis la porte des brebis » (Jean 10,7) « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. » (Jean 10,9) La vocation chrétienne, dans toutes ses formes, commence toujours par ce passage : se laisser introduire par lui dans une vie vraiment pleine, vraiment libre.
Le pape Léon XIV, dans son message pour cette journée, attire notre attention sur quelque chose de précieux dans le texte grec original de Jean. Jésus n’est pas seulement le bon berger. Il est le beau berger : celui qui fascine, qui attire, qui transfigure ceux qui le regardent. Et le pape écrit : « Ceux qui le regardent découvrent que la vie est vraiment belle si on le suit. » Ce qui distingue les saints, ajoute-t-il, ce n’est pas seulement leur bonté mais leur beauté spirituelle, une beauté lumineuse qui rayonne de ceux qui vivent dans le Christ.
Regardez ces hommes dont nous célébrons la mémoire. Saint Adalhard, cousin de Charlemagne, qui renonce aux honneurs de la cour pour chercher Dieu dans ce cloître. Saint Anschaire, né à Fouilloy, qui sort d’ici pour aller annoncer l’Évangile à des peuples que personne n’avait encore évangélisés. Saint Paschase Radbert, qui contemple ici le mystère de l’Eucharistie jusqu’à en faire jaillir une pensée qui nourrit l’Église entière. Leurs vies sont belles parce qu’elles ont été transfigurées par le regard du Beau Pasteur.
Comment en sont-ils arrivés là ? Le message du pape nous donne une clé : la vocation naît dans l’intériorité. Elle n’est pas d’abord une décision ou une réponse à un besoin. C’est une découverte intérieure du don de Dieu, qui fleurit dans le silence et dans l’écoute patiente.
Vous êtes assis dans l’espace même où ces hommes ont appris à écouter. Le pape nous rappelle cette parole de saint Augustin : « Ne sors pas de toi-même, reviens à toi-même, la Vérité habite dans l’homme intérieur ». Avant de partir vers le Grand Nord, saint Anschaire avait d’abord appris, ici, à s’arrêter et à écouter. L’abbaye était pour lui un lieu de silence habité, où l’on apprend à reconnaître la voix de Dieu parmi toutes les autres.
C’est pourquoi le pape désigne l’intériorité comme l’urgence première pour la pastorale des vocations. Ce n’est pas une question de communication ou de stratégie. C’est une question de profondeur. Nos communautés sont-elles des endroits où les jeunes peuvent s’arrêter, faire silence, et entendre quelque chose ?
De cette intériorité naît la confiance, cette confiance qui est la marque de tous les appelés. Adalhard exilé pendant sept ans sur l’île de Noirmoutier pour des raisons politiques injustes, et qui continue à prier et à servir, certain que Dieu n’a pas abandonné son dessein. Anschaire se fait dépouiller de tous ses biens par des bandits et il continue vaillamment sa mission. Ces hommes n’étaient pas des héros au sens humain. C’étaient des croyants qui avaient appris, ici, à remettre entre les mains de Beau Pasteur ce qu’ils ne pouvaient pas maîtriser.
Il reste, en ces terres de Picardie, des braises de cette sainteté. Et comme l’a dit Monseigneur LE STANG, ici même, le 6 février 2022 pour la fête de saint Anschaire : « Il reste des braises de cette intense présence chrétienne chez nous. Il nous faut souffler dessus pour que le feu reprenne. » (Relire l’homélie)
C’est exactement ce que nous faisons ce matin, en priant pour les vocations. Souffler sur les braises. Demander que, dans nos familles et nos paroisses, des hommes et des femmes entendent cette voix qui appelle, la voix qui n’impose pas, qui n’oblige pas, mais qui fascine et qui promet une vie belle.
Le pape appelle tous les baptisés à s’engager : familles, prêtres, éducateurs, fidèles. Cela signifie témoigner d’une foi vivante, parce que les jeunes décident de suivre le Christ en voyants des chrétiens dont la vie est visiblement habitée. Cela signifie prier chaque jour pour les vocations. Et peut-être aussi ne pas avoir peur de dire à un jeune : « As-tu envisagé que Dieu pourrait t’appeler ? »
La porte est ouverte. Le Pasteur appelle. Nous sommes dans la maison de ses témoins. Demandons-lui que, sur ces terres de la Somme, d’autres voix répondent encore : « Me voici. Envoie-moi. » (Isaïe 6,8) Amen.


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