Aucune nuée, aucune élévation visible, aucun regard vers le ciel. Là où Luc décrit un départ, Matthieu fait entendre une promesse. Les derniers mots de l’évangile ne sont pas : « il fut enlevé » mais « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Matthieu 28,20).
Ce n’est pas un hasard, Matthieu encadre tout son évangile par deux promesses identiques. Au premier chapitre, lors du songe de Joseph, l’ange annonce : « on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » » (Matthieu 1,23) Au dernier verset, le Ressuscité nous dit : « Je suis avec vous. » (Matthieu 28,20) L’évangile entier est inclus dans cette promesse de la présence. Ainsi l’Ascension est l’accomplissement de cette promesse.
Jésus ne s’éloigne pas. Il manifeste sa présence autrement. Tant qu’il était là, en Galilée, en Judée, au bord du lac, sa présence était liée à un corps visible, à une voix audible, à un visage reconnaissable. Désormais, il n’est plus là-bas. Il est partout. De visible, il passe à présent !
Dans les Actes des Apôtres, les anges interpellent les disciples : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » (Actes 1,11) Ces mots sonnent un peu comme un rappel à l’ordre. Il ne suffit pas de confondre contemplation et paralysie, adoration et immobilité. La contemplation véritable nous pousse à l’action, à être témoin de ce que nous contemplons, de ce que nous adorons.
Saint Paul, dans la lettre aux Éphésiens, prie pour que nous recevions « un esprit de sagesse qui nous le révèle et nous le fasse vraiment connaître. » (Éphésiens 1,17) Le connaître ici et maintenant, dans sa gloire présente, dans la « puissance incomparable il déploie pour nous » (Éphésiens 1,19) qui croyons. Le Christ ressuscité, monté à la droite du Père n’est pas un Seigneur absent, il est un Seigneur qui règne, qui intercède, qui agit, qui envoie, qui nous envoie.
La force de l’évangile de ce jour est dans ce « Allez ! » (Matthieu 28,19) Le Ressuscité ne réunit pas ses disciples pour un dernier au revoir. Il les envoie. Et nous pouvons noter que l’envoi ne suit pas la promesse mais qu’il la précède. Le « Je suis avec vous » concernent ceux qui partent en mission, qui vont vers toutes les nations.
La présence du Seigneur ressuscité se révèle dans le mouvement de la mission. Il est avec nous quand nous allons. Il est avec nous quand nous témoignons. Il avec nous, non pas comme une consolation mais comme une force pour celui qui se lève et part.
Et quelle est cette mission ? Ce n’est pas « annoncez l’Évangile », ni « convertissez les nations » mais « faites des disciples » (Matthieu 28,19) Des disciples, c’est-à-dire des personnes qui se mettent à l’école, qui se laissent enseigner. « apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. » (Matthieu 28,20) dit Jésus. Pour Matthieu, la transmission de la foi n’est pas tant une proclamation qu’une initiation à la vie selon l’Évangile.
Nous l’avons entendu : « Certains eurent des doutes. » (Matthieu 28,17) bien qu’ils se prosternent devant le Ressuscité. Le Seigneur ne les renvoie pas chez eux attendre d’avoir une foi plus solide. Il ne leur demande pas de résoudre leur hésitation avant de partir. Il leur confie la mission tels qu’ils sont : adorants et doutants, croyants et fragiles.
Voilà qui est consolant : ce n’est pas la perfection de notre foi qui précède notre envoi. C’est l’envoi du Seigneur qui peu à peu affermit notre foi. Nous sommes envoyés non parce que nous avons tout compris, mais parce que le Christ sait ce qu’il fait en nous envoyant.
Et dans cet envoi, n’oublions pas la dernière parole du Ressuscité, qui clôt l’Évangile de Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Matthieu 28,20) Cette phrase n’est ni au passé, ni au futur. Elle est au présent : c’est maintenant, c’est aujourd’hui, au cœur de notre célébration, dans le pain partagé, dans le chemin qui s’ouvre à nous dès la sortie de cette église.
L’Ascension n’est pas une absence qui commence. C’est une présence qui s’élargit à la mesure du monde entier. Amen.


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