Homélie pour le 27ème dimanche ordinaire A
Illustration: Par Vincent van Gogh — La vigne rouge – Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=151865
Dans nos campagnes, certains agriculteurs travaillent une terre qui n’est pas leur propriété. Et cette terre qu’ils ont en location, ils la connaissent mieux que personne. Pourtant cette terre appartient à quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui ne passe pas tous les jours, mais à qui, pour finir, il faut rendre compte de l’entretien de sa terre.
Les lectures de ce jour, nous parlent exactement de cela. Il faut juste remplacer le champ par de la vigne.
Le prophète Isaïe nous parle de ce vigneron qui a une vigne sur un coteau fertile. Cette vigne, il l’entretient amoureusement : il a retourné la terre, enlevé les pierres, planté un plant de choix. Il a bâti une tour au milieu, creusé un pressoir. Rien n’a été laissé à l’improviste, il a bichonné son travail et pourtant cette vigne a donné des raisins aigres.
Le vigneron, déçu, se pose alors la question : « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? » (Isaïe 5,4) Dans cette image, le prophète nous parle non pas de ce que Dieu exige, mais de ce qu’il nous a donné, de ce qu’il attend, un peu comme le vigneron ou l’agriculteur qui regarde sa récolte et qui se dit que cela aurait dû être autrement.
Dans l’Évangile, Jésus reprend l’image, mais il change le regard. Le maître a planté une vigne, il l’a louée à des vignerons, puis il est parti. Le temps des fruits venu, il envoie des serviteurs en chercher la récolte. Les vignerons les frappent, les chassent et en tuent même un. Il en envoie d’autres qui subissent le même sort. Il envoie alors son fils en disant : « Ils respecteront mon fils. » (Matthieu 21,37)
Ce qui frappe, c’est que les vignerons ne sont pas devenus mauvais d’un seul coup. Avant de frapper, ils ont oublié. Ils ont oublié qu’ils étaient locataires. À force de travailler la vigne, ils ont fini par croire qu’elle était à eux. Et quand on croit que la terre est à soi, on ne supporte plus que quelqu’un se présente pour demander des comptes. On ferme la porte. On ne veut plus entendre. On reste entre soi, à discuter de ce qu’on fera de l’héritage.
Nous aurions tort de penser que Jésus parle de quelqu’un d’autre que de nous. La vigne, c’est ce qui nous a été confié : la foi reçue de nos parents, cette église, cette paroisse, nos familles, nos villages. Nous y travaillons, parfois depuis longtemps, parfois avec fatigue. Et la question reste posée à chacun de nous : est-ce que nous écoutons encore ceux que le maître envoie ?
Il s’adresse à nous, et nous venons de le vivre. Hier, nous nous sommes retrouvés en assemblée paroissiale. Nous nous sommes assis ensemble pour nous écouter, ce qui est déjà le contraire de ce qu’on fait les vignerons de l’Évangile : ils n’ont pas voulu entendre.
Trois choses sont ressorties.
D’abord, le désir de devenir une paroisse en pèlerinage. Un pèlerin n’est pas propriétaire de la route : il marche, il reçoit, il ne s’installe pas. Une paroisse en pèlerinage, c’est une paroisse qui accepte de ne pas être arrivée.
Ensuite, le besoin de mieux nous connaître. On peut prier des années côte à côte sans connaître le nom de celui qui est devant soi. Or on ne confie pas une vigne à des inconnus : on la confie à des gens qui se connaissent ou qui apprennent à faire connaissance.
Le pape François l’écrivait dans La Joie de l’Évangile : la paroisse ne doit pas devenir « un groupe d’élus qui se regardent eux-mêmes ». Il ajoutait que les fruits du renouveau se font encore attendre. Nous ne savons pas ce que donneront ces intuitions qui sont montées de notre assemblée paroissiale. Mais cela nous invite à être des vignerons soucieux de rendre au Seigneur le fruit de leur travail, dans la fidélité à sa parole, le souhait de marcher ensemble et de faire encore plus communauté.
Cette vigne n’est pas à nous. Elle nous est confiée. Et c’est une bonne nouvelle, parce que celui qui nous confie cette vigne, la regarde encore, la visite encore, attend d’elle quelque chose, et ne renonce pas à nous la laisser. Il continue d’envoyer des serviteurs, et ne les envoie pas pour nous faire peur.
Jésus termine en parlant d’une pierre : celle que les bâtisseurs ont écartée et qui est devenue la pierre d’angle. C’est ce que nous mettons de côté : le petit, le dérangeant, le nouveau venu, celui qui ne pense pas comme nous, et peut être justement ce sur quoi repose une nouvelle vendange.
Saint Paul, dans la lettre aux Philippiens, nous donne une manière d’avancer : « Ne soyez inquiets de rien. » (Philippiens 4,6) Nous ne sommes pas les maîtres de la récolte. Nous sommes des intendants, appelés à être fidèles, et la paix de Dieu garde nos cœurs.
La vigne est toujours là. Elle est encore entre nos mains. À nous d’en prendre soin et heureux d’en présenter les fruits au Seigneur. Amen.


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