Homélie pour le 26ème dimanche ordinaire

Illustration: By Carlo Ferranti – bonhams.com, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=117892627

A la maison, quand papa ou maman vous demande de ranger votre chambre ou de mettre la table, est-ce qu’il vous arrive de dire « d’accord ! » et de continuer à jouer tranquillement ? ou l’inverse : dire « non, je ne veux pas ! » et puis finalement d’aller le faire, parce qu’au fond de soi, on sait que c’est juste ?

Figurez-vous que c’est exactement cette histoire que Jésus nous raconte dans l’Évangile. Un père demande à son premier fils d’aller travailler à sa vigne. Celui-ci répond « non » et y va quand même. Quand il demande à son second fils d’y aller, celui-ci répond : « oui, tout de suite » et il n’y va pas. Et l’histoire que Jésus raconte s’arrête là. Il n’y a pas de morale, pas de conclusion. Jésus laisse cela à notre propre jugement.

Avec cette histoire, nous pourrions croire que Jésus veut simplement nous dire que les actes valent mieux que les paroles. C’est vrai, mais il y a quelque chose de plus profond que cela.

Le premier fils dit « non », mais il réfléchit, il discerne ce qui est bon et il finit par changer d’avis. Cela veut dire qu’il a écouté quelque chose au fond de lui. Il ne s’est pas contenté de répondre à son père du bout des lèvres. Il a laissé son cœur parler.

Le deuxième, lui, a été poli, il a dit ce que son père voulait entendre, mais il ne s’est rien passé dans sa tête ni dans son cœur. Il a fait semblant de dire oui.

La question que Jésus nous pose aujourd’hui, à chacun d’entre nous, quel que soit notre âge, est celle-ci : où est-ce que je dis oui ? Est-ce seulement avec les lèvres, ou est-ce avec mon cœur, mon intelligence ?

Dans une famille, il y a beaucoup de « oui » et beaucoup de « non ». « Oui, je t’aiderai. » « Oui, on passera du temps ensemble. » « Non, je n’ai pas le temps. » « Non, pas maintenant. »

Le vivre-ensemble n’est pas d’abord une question de belles paroles. C’est une question de vigne ! La maison, la famille, la paroisse, c’est exactement cela : une vigne, un champ que l’on cultive ensemble. Dans cette vigne, il y a plein de travaux à réaliser : consoler ceux qui pleurent, demander pardon à celui qu’on a blessé, écouter celui qu’on a envie d’interrompre, rendre service sans attendre qu’on nous le demande…

Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous donne le mode d’emploi. Écoutons comme c’est concret : « Ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. » (Philippiens 2,2-4)

Estimer les autres supérieurs à soi-même : dans une fratrie, ce n’est pas toujours évident ! Et pourtant, c’est peut-être la phrase la plus révolutionnaire que Paul ait écrite. Parce que la plupart des disputes – à la maison, à l’école, au travail, et même entre les peuples – naissent d’une seule chose : chacun pense avoir raison en premier, chacun veut passer devant.

Et c’est là que la première lecture vient nous rejoindre. Ézéchiel nous dit quelque chose d’extraordinaire : si le méchant se détourne de sa faute, il vivra. Il ne sera pas marqué à vie. Son passé ne le condamne pas.

Croyons-nous vraiment cela ? Croyons-nous que l’on peut changer ? Que le fils qui a dit « non » peut se lever et aller à la vigne ? Que le frère avec qui on est fâché depuis des mois peut redevenir un frère ? Que nous-mêmes, nous ne sommes pas enfermés dans nos habitudes ?

C’est l’espérance chrétienne : personne n’est jamais perdu pour le Père. Personne n’est coincé dans son « non ». Tant que nous vivons, la porte de la vigne reste ouverte !

Le père, dans la parabole de Jésus, c’est Dieu. Et la plus belle preuve que Dieu croit au vivre-ensemble, c’est cette Eucharistie. Regardez autour de vous : nous sommes tous différents. Il y a des enfants, des parents, des grands-parents, des personnes que nous n’avons jamais vues, et pourtant, c’est ensemble que nous allons nous approcher de la même table, recevoir le même Pain.

Dieu ne nous dit pas : « Résolvez vos différences d’abord, et ensuite venez. » Il nous dit : « Venez, et en venant vous allez apprendre à vous aimer ! »

Alors, ce soir, avant de nous endormir, peut-être que nous pouvons nous poser une question : « Demain, à qui vais-je dire oui, en le manifestant par des actes ? » Un oui qui aide. Un oui qui pardonne. Un oui qui répare. Car c’est cela travailler à la vigne du Seigneur. Amen.


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