Homélie pour le 28ème dimanche ordinaire A
Isaïe 25,6-10a ; Psaume 22(23) ; Philippiens 4,12-14.19-20 ; Matthieu 23,1-14
Illustration : photo de CHUTTERSNAP sur Unsplash
C’est toujours une joie de recevoir un faire-part de mariage : nous sommes attendus pour nous unir à la fête. Une place nous est réservée, nous sommes invités à partager la joie d’un couple, d’une famille. Il en est de même dans l’Évangile de ce jour : le roi veut nous faire participer à la fête de son fils.
C’est ainsi que Jésus nous parle du Royaume de Dieu : non pas d’abord comme d’une liste d’obligations, mais comme d’une communion à laquelle Dieu nous appelle. Le Seigneur nous cherche et nous invite à vivre avec lui une relation de confiance, de dialogue, de pardon.
Dans l’Évangile, les premiers invités « n’en tinrent aucun compte » (Matthieu 22,5) : ils sont trop préoccupés par leurs affaires. Leur refus n’est pas forcément une hostilité envers Dieu. Il ressemble plutôt à ces petits reports qui finissent par prendre toute la place : « plus tard », « je n’ai pas le temps », « j’ai autre chose à faire ». Le travail, les soucis et les responsabilités sont bien réels. Ils peuvent nous absorber au point de nous faire oublier Celui qui nous invite.
Cette parabole nous pose une question simple : quelle place faisons-nous à Dieu dans une vie déjà bien pleine ? Non pas seulement le dimanche, mais dans nos choix, notre manière d’accueillir les autres, notre façon de traverser les épreuves. Refuser la fête, c’est rester enfermé dans le « moi d’abord » : mes projets, mes sécurités, mes habitudes.
Mais, nous l’avons entendu, le roi ne renonce pas. Il envoie ses serviteurs sur les routes et fait entrer tous ceux qu’ils trouvent, « les mauvais comme les bons » (Matthieu 22,10). Cette invitation est une bonne nouvelle pour ceux qui se croient trop loin, trop abîmés ou pas assez dignes : elle est plus large que nos frontières et que nos jugements. Dieu ne demande pas que nous soyons parfaits pour venir à lui. Il appelle, et il ouvre la porte. Pour le comprendre, il suffit de regarder celles et ceux qui frappent à la porte de l’Église en demandant un sacrement : ce sont des invités que les serviteurs ont croisés sur les chemins.
Une question peut se poser à nous : pourquoi, alors, le roi est-il si dur avec celui qui n’a pas de vêtement de noces ? Par là, le Seigneur nous rappelle qu’on ne peut pas entrer dans la fête sans que quelque chose change en nous. Répondre à Dieu, ce n’est pas seulement accepter une invitation en paroles ; c’est apprendre à revêtir l’amour dans la vie quotidienne : pardonner, servir, faire une place à celui qui se sent de trop. L’habit de fête ne désigne pas une apparence irréprochable, mais une vie qui commence à correspondre au don reçu.
Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous annonce le jour où Dieu essuiera les larmes et détruira la mort : le banquet promis est une espérance pour toute l’humanité. Quant à saint Paul, il témoigne, dans la seconde lecture, qu’il peut tenir bon, dans la pauvreté comme dans l’abondance, grâce à Dieu qui le fortifie. La joie chrétienne n’est donc pas l’illusion que tout va bien ; c’est la confiance que Dieu demeure avec nous et nous conduit vers sa fête.
Aujourd’hui, demandons-nous chacun : où le Seigneur m’invite-t-il à prendre place ? Dans la prière, dans une réconciliation à vivre, auprès d’une personne oubliée, dans un service que je remets toujours à demain ? Laissons-nous inviter et portons, dès maintenant, le vêtement de la joie et de l’amour.
Dans quelques instants, nous entendrons cette invitation à venir aux noces. Le signe visible sur cette terre, en est l’Eucharistie, la messe que nous célébrons chaque dimanche. Oui, le Seigneur nous invite à participer aux noces de son Fils avec l’humanité : puissions-nous apprendre à y répondre avec empressement. « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! » (Apocalypse 19,9) Amen.


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