Ensevelis avec le Christ: quand le baptême devient une renaissance

Homélie pour le 13ème dimanche ordinaire de l’année A.

2 Rois 4,8-11.14-16a ; Psaume 88(89) ; Romains 6,3-4.8-11 ; Matthieu 10,37-42

Je ne sais pas si c’est un lieu de fraîcheur, mais saint Paul nous dit, dans sa lettre aux Romains, que « par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau » (Romains 6,4) avec le Christ. Oui, vous avez bien entendu : par le baptême, nous ne sommes pas seulement unis à la mort du Christ mais nous sommes mis au tombeau avec lui, c’est-à-dire ensevelis ! Ce terme est fort, car il ne signifie pas uniquement que la vie est achevée, mais que la porte est scellée. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Heureusement que Paul poursuit en disant : « c’est pour que nous menions une vie nouvelle. » (Rm 6,4)

Ce verset est une clé pour comprendre l’évangile que nous venons d’entendre, car, en première écoute, il peut nous heurter : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. »  (Matthieu 10,37) Si nous entendons cela comme une exigence morale, c’est insupportable : pourquoi Jésus nous demanderait-il d’aimer un peu moins ceux qu’il est naturel d’aimer ? Ce serait une contradiction avec tout ce que l’Évangile nous enseigne par ailleurs sur l’amour familial, l’honneur dû aux parents, la tendresse pour les enfants.

Que l’on se rassure, Jésus ne demande pas une soustraction d’amour. Il demande un déplacement du centre. C’est ce que saint Paul explique dans la deuxième lecture : il ne nous demande pas de moins aimer mais de nous souvenir que par le baptême une vie ancienne est morte et qu’une vie nouvelle a commencée. Dans cette nouvelle vie, Dieu n’est pas une option, une pièce ajoutée à l’ensemble de nos attachements. Il en est le lieu : c’est en lui que tous nos attachements trouvent leur vraie mesure.

Beaucoup d’entre nous ont été baptisés enfants. Pour certains, cela reste peut-être un souvenir de famille, une photo, un cierge gardé dans un tiroir. Mais saint Paul nous dit quelque chose de radical : au jour de notre baptême, quelque chose est vraiment mort, et quelque chose est vraiment né.

Qu’est-ce qui est mort ? Un certain moi qui plaçait tout en fonction de moi : mes peurs, mes calculs, mes besoins de sécurité, mon instinct de conservation. Ce qui est mort est mon autocentrisme, mon égoïsme.

Saint Irénée de Lyon disait : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. » Il ne parle pas d’un homme qui survit, recroquevillé sur ses possessions et ses peurs. Il parle d’un homme qui vit, déployé, donné, ouvert. Pour saint Irénée, l’être humain est fait pour croître sans cesse vers Dieu, et cette croissance demande qu’à chaque étape, nous abandonnions une manière plus petite de vivre pour une manière plus grande. C’est cela mourir avec le Christ : non une amputation, mais un dépouillement qui nous rend capable de plus.

Revenons au texte de saint Paul. Ce dernier ajoute : « De même, vous aussi, pensez que vous êtes […] vivants pour Dieu en Jésus-Christ. » (Romains 6,11) Ainsi, Dieu n’est pas une option spirituelle parmi nos occupations hebdomadaires. « Pour Dieu » c’est-à-dire que Dieu est la direction, le sens, le pourquoi de ce que nous faisons.

Nous pouvons alors comprendre ce que nous demande Jésus dans l’Évangile : perdre sa vie, prendre sa croix, ou offrir un simple verre d’eau fraîche à un petit. Celui qui est vraiment mort à son propre égoïsme devient capable des gestes les plus gratuits : accueillir quelqu’un sans rien attendre en retour, comme la Sunamite a accueilli Élisée dans la première lecture, sans savoir qu’il est un envoyé de Dieu. Sa gratuité, sa générosité mettrons fin à sa stérilité et elle sera capable, avec son mari, de donner la vie.

Pour conclure, souvenons-nous que le baptême a enseveli dans la mort du Christ notre moi craintif et calculateur pour que naisse un homme, une femme, vivant pour Dieu, capable d’aimer son père et sa mère encore mieux qu’avant, capable d’offrir un verre d’eau sans calcul, capable d’accueillir l’autre comme si c’était Dieu lui-même.

La question que nous devons alors nous poser n’est pas : qu’est-ce que je dois sacrifier ? mais : qu’est-ce qui, en moi, attend encore d’être enseveli pour que je vive enfin pleinement ? Que la grâce de cette Eucharistie, nous apporte la lumière sur qui doit être encore enseveli en nous pour que nous accueillons la vie. Amen.


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