Dans notre société actuelle, il n’est pas toujours simple de se positionner comme chrétien, de se dire disciple de Jésus. Face aux questions sociétales, nous hésitons souvent à annoncer la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Église, par crainte des murmures, des jugements ou des insinuations qui cherchent à nous faire passer pour des personnes dérangeantes, hors-jeux.
Dans cette situation, Jérémie est notre maître ! En effet, il entend les calomnies de la foule : « Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, celui-là, l’Épouvante-de-tous côtés ». (Jérémie 20,10) Ses amis eux-mêmes le surveillent, guettant ses faux pas dans l’espoir de le piéger et de le faire tomber.
Face à cela, Jérémie répond par la foi, avec une certitude théologale : « le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable. » (Jérémie 20,11), et il ajoute : « Mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas. » (Ibid.) Autrement dit : quand la vérité dérange, Dieu ne lâche pas celui qui porte sa parole.
Voilà une réalité spirituelle profonde : Jérémie reconnait l’épreuve, mais il ne s’enferme pas dans le désespoir. Il remet sa cause entre les mains de Dieu : « c’est à toi que j’ai remis ma cause. » (Jérémie 20,12) Ainsi, il nous montre que confiance et plainte peuvent cohabiter : la prière passe par le cri avant de devenir louange.
Le psaume 68(69) met des mots sur une autre facette de cette réalité : « L’amour de ta maison m’a perdu ; on t’insulte et l’insulte retombe sur moi. » (Psaume 68,10) Par ces paroles, nous entendons l’écho de ce à quoi Jésus a préparé ses disciples : la capacité à rester debout quand l’amour du bien entraine la contradiction. Être fidèle à l’Évangile peut en effet provoquer le rejet, non parce qu’on cherche le conflit, mais parce que la lumière dérange.
C’est tout le sens des premiers mots de Jésus dans l’Évangile : « Ne craignez pas… » (Matthieu 10,26) Pourquoi ? parce que « rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. » (Ibid.) En disant cela, Jésus ne se contente pas de promettre : « Un jour on verra », mais il nous rappelle que la peur ne doit pas décider de notre aujourd’hui. La vérité, même incomprise ou rejetée sur le moment, finira par être manifestée. A partir de là, il enseigne à ses disciples, et donc à nous, qu’il ne s’agit pas de rechercher la confrontation mais de vivre une foi qui ose se dire et se montrer avec courage, quand le moment arrive.
De plus, Jésus remet la peur à sa vraie place : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » (Matthieu 20,28) Le disciple ne mesure pas la vie chrétienne à son impact social immédiat, mais à sa destination ultime : la vie éternelle.
Sur ce chemin, nous n’avons rien à craindre : la Providence veille, nous dit Jésus, en prenant pour exemple les moineaux ou les cheveux de notre tête, tous comptés par Dieu. « Vous valez plus qu’une multitude de moineaux » (Matthieu 20,31) Dieu se fait pour nous un « guerrier redoutable » (Jérémie 20,11). Il veille.
Alors, si la peur d’être jugé nous habite – parce que nous croyons, parce que nous parlons de Dieu, parce que nous voulons vivre l’Évangile fidèlement ; si la peur de perdre l’estime des autres, d’être moqué ou exclu parce que nous sommes disciples du Christ nous étreint ; si la peur nous fait douter que Dieu nous voit ou que la vérité vaut moins que la sécurité humaine –, Jésus nous enseigne que cette peur ne correspond pas à la réalité de l’amour de Dieu pour nous.
Saint Paul, dans l’épître aux Romains, nous le redit : si le péché et la mort sont entrés dans le monde par un seul homme et que tous ont péchés, le cœur de l’espérance chrétienne nous révèle que le don gratuit de Dieu n’est pas comme la faute : « si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. » (Romains 5,15)
Puissions-nous, au cœur de cette Eucharistie, accueillir cette grâce de Dieu qui surabonde comme une source inépuisable. Que le Christ, présent dans le Pain et le Vin consacrés, nous transforme en témoins audacieux de sa vérité. Qu’il nous donne la force de parler de lui sans crainte dans nos familles, sur nos lieux de travail, ou même là où l’on nous dit que la foi n’a pas sa place.
Quelles que soient les peurs : peur du rejet, de l’incompréhension, ou de l’indifférence, souvenons-nous de ces paroles de Jésus : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Matthieu 28,20) Alors, osons vivre comme des enfants de lumière, portés par cette certitude : la vérité que nous annonçons est plus forte que nos fragilités. Amen.


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