Dans la parabole que nous venons d’entendre, Jésus nous parle de deux personnages : un pharisien et un publicain. Le pharisien est un laïc religieux dont la mission est d’interpréter la loi juive et d’arbitrer les conflits internes à la communauté. Par son attitude, sa façon de vivre, il est censé aider la communauté à grandir dans son amour de Dieu. Le publicain est, quant à lui, un juif qui travaille pour l’occupant romain : il est chargé de collecter les impôts, libre à lui de fixer le taux d’imposition et de se servir au passage. Nous pouvons aisément comprendre pourquoi le premier supporte difficilement le second ! Voilà que ces deux hommes se retrouvent au Temple pour prier… et de cette rencontre, Jésus nous livre un enseignement précieux sur la prière.

La prière du pharisien est une action de grâce : « Mon Dieu, je te rends grâce… » (Luc 18,11). En cela, le pharisien est juste car la prière est avant tout une action de grâce, une eucharistie ! Là où le pharisien n’est pas juste, c’est sur le motif de son action de grâce : il ne rend grâce que pour lui-même, il est dans l’autosatisfaction. Sa prière est égocentrique, pleine de ce péché capital qu’est l’orgueil. En cela, il est en opposition totale avec le publicain qui fait monter vers Dieu cette prière : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » (Luc 18,13)

Dans sa prière, le publicain fait monter vers Dieu une action de grâce : « Montre-toi favorable… ». Il reconnaît la bonté de Dieu, sa miséricorde et il attend tout de cette miséricorde. Il se reconnaît en vérité tel qu’il est devant Dieu et devant les hommes : « pécheur », c’est-à-dire indigne de Dieu et pourtant infiniment aimé par Lui. La prière du publicain est marquée par la vertu théologale de l’espérance : dans toute existence, Dieu ouvre un chemin de vie. La foi du publicain permet l’expression de l’espérance et l’accueil de l’amour inconditionnel de Dieu.

Nous sommes invités à rendre grâce, louer le Seigneur, non pas pour ce que nous sommes, comme le fait le pharisien, mais pour les dons de Dieu, pour sa miséricorde, pour ce que nous recevons de la bonté de Dieu. Dans notre action de grâce, nous reconnaissons que nous dépendons entièrement de Dieu. Prêtez attention aux paroles de l’Eucharistie, de la messe, c’est ce que nous faisons tout au long de notre prière commune.

Dans la deuxième lecture (2 Timothée 4,6-8.16-18), nous avons entendu saint Paul nous dire : « J’ai gardé la foi. » (2 Timothée 4,7) C’est le bilan qu’il dresse au soir de sa vie. Sa foi, Paul ne l’a pas gardée à l’abri, dans un coffre-fort, parce qu’il s’est contenté de la défendre. Paul a gardé la foi parce qu’il l’a annoncée, diffusée, il a risqué sa vie pour témoigner de l’amour du Christ. Pour cela, il a su aller sur des chemins nouveaux et il ne s’est pas retranché dans des positions défensives.

A la suite de Paul, nous sommes invités à partager notre foi par le témoignage, l’accueil, l’ouverture aux autres. Ne la gardons pas comme un bien privé mis à l’abri dans un coffre-fort ! Osons être missionnaire ! Osons être missionnaire dans nos villages, nos lieux de travail, nos familles !

Garder la foi, c’est aussi garder la joie comme le psaume nous y invite : « Je bénirai le Seigneur en tout temps… que les pauvres m’entendent et soient en fête ! » (Psaume 33) La joie n’est pas quelque chose de superficiel. « La vraie joie vient d’une harmonie profonde entre les personnes, que tout le monde ressent en son cœur, et qui nous fait sentir la beauté d’être ensemble, de nous soutenir mutuellement sur le chemin de la vie. » (Pape François, homélie du 27 octobre 2013) A la base de la joie, il y a la présence de Dieu, il y a son amour accueillant, miséricordieux, respectueux envers tout le monde.

La Parole de Dieu d’aujourd’hui, nous invite à trois points importants pour notre communauté paroissiale : une paroisse qui prie, une paroisse qui garde la foi, une paroisse qui vit la joie. C’est appuyé sur ses trois points que nous serons véritablement missionnaires ! Que le Seigneur se montre favorable aux pécheurs que nous sommes ! Amen.

Je suis prêtre de l’Église Catholique, vicaire général du diocèse d'Amiens, curé de la paroisse de la Paix, délégué épiscopal à l'accompagnement des séminaristes. Je suis aussi membre de l'Institut Notre Dame de Vie.

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