« Avez-vous faim ? » Homélie pour les professions de foi

Permettez-moi de vous poser une question : « Avez-vous faim ? » En vous posant cette question, je ne vous parle pas du repas de ce midi. Je parle de cette faim qui vous portez en vous : faim d’être vraiment aimé, faim d’être vraiment reconnu… non pas pour ce que vous faites, non pas pour votre image, mais simplement pour ce que vous êtes. La faim d’avoir sa place dans ce monde. La faim que la vie ait un sens.

Cette faim-là, les textes bibliques que nous venons d’entendre la connaissent bien. Dans le livre du Deutéronome, Moïse rappelle au peuple ce qu’il a vécu dans le désert : quarante ans de marche, de doutes, de fatigue. Dans ce désert, Dieu a nourri son peuple avec la manne. Moïse dit : « il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » (Deutéronome 8,3) Autrement dit : notre faim la plus profonde ne se comble pas avec ce que nous pouvons obtenir par nous-même. Elle se comble avec ce que Dieu donne.

C’est ce que Jésus nous dit dans l’Évangile. Il ne dit pas simplement : « Je vous donne du pain. » mais « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. » (Jean 6,51) Celui qui va combler notre faim, ce n’est pas une chose, ce n’est pas une idée. C’est une personne : Lui, Jésus !

Les gens autour de lui trouvaient cela difficile à accepter. Beaucoup sont partis. Mais Jésus ne les retient pas en adoucissant son message. Il répète, il insiste, parce qu’il sait que c’est précisément cela dont nous avons faim.

Aujourd’hui, vous allez faire votre profession de foi. Ce n’est pas parce que vous avez tout compris. Personne n’a tout compris. Vous n’êtes pas là non plus parce que vous êtes parfaits, ou que vous n’avez aucun doute. La foi, ça se construit, ça grandit, ça traverse des crises, et c’est normal.

Vous êtes là parce que vous faites confiance à quelqu’un qui, le soir de sa mort, a pris du pain et a dit : « Ceci est mon corps, donné pour vous. » Vous faites confiance à quelqu’un qui n’a pas attendu que vous soyez prêts pour vous aimer. Il s’est donné en premier. La profession de foi est votre réponse à cet amour qui vous précède.

Mais il y a un autre aspect. Écoutons saint Paul : « Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps. » (1 Corinthiens 10,16-17)

Regardez autour de vous : vos familles, vos amis, l’assemblée qui vous entoure. Vous ne faites pas profession de foi tout seuls. Vous entrez dans quelque chose de plus grand : une communauté, un corps vivant, l’Église. Communier, c’est dire : « Je fais partie de ce corps. Je m’engage à vivre avec ces frères et sœurs, à les aimer, à construire avec eux. »

Voilà ce nous dit cette fête du Saint Sacrement, en ce jour de profession de foi.

Vous avez faim. C’est bien. C’est même une grâce, car cette faim est le signe que vous êtes vivants, que vous cherchez, que vous aspirez à quelque chose de vrai et de grand.

La profession de foi n’est pas la fin du parcours, un diplôme à ranger dans un tiroir. C’est le début d’une vie nourrie autrement. D’une vie où, chaque fois que vous viendrez à cette table, vous entendrez à nouveau ces mots prononcés pour vous : « Ceci est mon corps livré pour toi. » A la table de l’Eucharistie, un amour vous attend : celui du Christ qui a donné sa vie pour toi, pour nous. Ne l’oublie jamais. Amen.


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